Calculer le stockage vidéo : débit, rétention et taille des disques

Calculer le stockage vidéo : débit, rétention et taille des disques

Dimensionner le stockage d'un système de vidéosurveillance revient à répondre à une question : combien de téraoctets (To) faut-il pour garder X caméras pendant Y jours ? Le calcul part du débit (bitrate) de chaque caméra, le multiplie par le temps, par le nombre de caméras et par les jours de rétention. Les leviers principaux sont la résolution, le codec (le H.265 divise le besoin par deux) et le mode d'enregistrement (continu ou sur détection).

Pourquoi calculer le stockage vidéo ?

Sous-dimensionner les disques, c'est perdre des images trop tôt : le NVR écrase les enregistrements anciens dès que le disque est plein, et le jour où l'on cherche un événement d'il y a trois semaines, il a déjà disparu. Sur-dimensionner, c'est payer des disques inutiles. Le bon calcul garantit une durée de rétention maîtrisée (souvent 15, 30 ou 90 jours selon le besoin ou l'obligation) au juste coût. Le raisonnement est simple une fois qu'on connaît le paramètre clé : le débit.

Comment ça fonctionne

Tout part du bitrate (débit binaire) de la caméra, exprimé en Mbit/s (mégabits par seconde). C'est la quantité de données produite chaque seconde par le flux vidéo. Il dépend surtout de la résolution, du nombre d'images par seconde, de la complexité de la scène et du codec.

Attention à l'unité : le débit est en mégabits, le stockage en méga/giga/téraoctets. 1 octet = 8 bits, donc on divise par 8 pour passer des bits aux octets. La formule :

  • Stockage par caméra et par jour (en Go) = débit (Mbit/s) ÷ 8 × 3600 × 24 ÷ 1000.
  • Stockage total (en Go) = stockage par caméra/jour × nombre de caméras × jours de rétention.

Exemple concret. Une caméra à 4 Mbit/s : 4 ÷ 8 = 0,5 Mo/s × 3600 = 1 800 Mo/h × 24 ≈ 43 Go/jour. Pour 8 caméras pendant 30 jours : 43 × 8 × 30 ≈ 10 300 Go, soit environ 10 To. On ajoute une marge de 10-20 % et l'on arrondit à la taille de disque supérieure : ici 2 disques de 6 To, ou un de 12 To.

Ordres de grandeur de débit (H.265, valeurs indicatives, variables selon la scène) :

  • 2 MP / 1080p : environ 2 à 4 Mbit/s
  • 4 MP : environ 4 à 6 Mbit/s
  • 8 MP / 4K : environ 8 à 12 Mbit/s

Les leviers qui font varier le résultat : le codec (passer de H.264 à H.265 divise le besoin par deux environ) ; le mode d'enregistrement (l'enregistrement sur détection de mouvement ou sur événement IA peut réduire le volume de 50 à 80 % sur des scènes calmes) ; les images par seconde (baisser de 25 à 12 fps réduit fortement le débit) ; la résolution.

Avantages et limites de la méthode

  • Avantage — dimensionnement juste : on achète exactement les disques nécessaires pour la rétention voulue, sans gaspillage ni mauvaise surprise.
  • Avantage — arbitrage éclairé : le calcul montre l'impact concret de la résolution, du codec et du mode d'enregistrement, et aide à choisir.
  • Avantage — anticipation : on prévoit dès le départ les baies/emplacements de disques pour une extension future.
  • Limite — débit variable : avec un débit variable (VBR) et le H.265+, le bitrate réel fluctue selon l'activité de la scène ; le calcul donne une estimation, pas une valeur exacte.
  • Limite — hypothèses de scène : une scène très animée (rue passante, feuillage) produit plus de données qu'un couloir vide ; prévoir une marge.
  • Limite — capacité réelle des disques : un disque « 6 To » offre un peu moins en pratique (formatage, réserve) ; comptez large.

Cas d'usage / pour qui ?

Ce calcul est indispensable à quiconque installe ou fait installer un NVR : intégrateur qui chiffre un projet, gestionnaire qui vérifie qu'un système tiendra la rétention exigée (par exemple 30 jours pour un commerce, davantage pour un site sensible), particulier qui choisit ses disques. Il permet aussi d'arbitrer : passer en H.265, enregistrer sur détection ou réduire les fps peut diviser la facture de disques sans perte notable pour l'usage réel. Enfin, il éclaire le choix local vs cloud (voir notre article), en chiffrant ce que représenterait la rétention en stockage.

Conseils d'achat

  • Partez du débit réel, pas de la résolution seule : relevez le bitrate configuré de chaque caméra ; c'est lui qui pilote le calcul.
  • Activez le H.265 partout où c'est possible : à qualité égale, il divise le besoin de stockage par deux (voir notre article H.265).
  • Enregistrez sur détection (mouvement ou IA) pour les scènes calmes : gros gain de rétention sans perdre les événements utiles.
  • Ajoutez 10 à 20 % de marge et arrondissez à la taille de disque supérieure pour absorber les pics d'activité et le débit variable.
  • Utilisez des disques spécial surveillance, conçus pour l'écriture continue 24/7 et le multi-flux, plus fiables que des disques bureautiques.
  • Prévoyez l'évolutivité : choisissez un NVR avec des emplacements disques libres, et pensez RAID pour la tolérance de panne sur les sites critiques.

Questions fréquentes

Comment calculer le stockage nécessaire pour mes caméras ?
Partez du débit (bitrate) de chaque caméra en Mbit/s. Convertissez en octets en divisant par 8, puis multipliez par 3600 (secondes) et 24 (heures) pour obtenir le volume par jour, puis par le nombre de caméras et le nombre de jours de rétention. Exemple : une caméra à 4 Mbit/s produit environ 43 Go par jour ; 8 caméras sur 30 jours demandent environ 10 To. Ajoutez 10 à 20 % de marge.
Quel débit prévoir selon la résolution ?
En H.265, comptez à titre indicatif environ 2 à 4 Mbit/s pour une caméra 2 MP (1080p), 4 à 6 Mbit/s pour une 4 MP, et 8 à 12 Mbit/s pour une 8 MP (4K). Ces valeurs varient selon le nombre d'images par seconde et l'activité de la scène : une rue passante produit plus qu'un couloir vide. Le plus fiable est de relever le bitrate réellement configuré sur la caméra.
Le H.265 réduit-il vraiment le stockage de moitié ?
Oui, à qualité d'image équivalente, le H.265 (HEVC) consomme environ deux fois moins de débit que le H.264, donc deux fois moins de stockage. Le H.265+ va encore plus loin sur les scènes statiques. Activer le H.265 est le levier le plus simple pour doubler la durée de rétention sur un même disque, à condition que la caméra et le NVR le prennent en charge tous les deux.
L'enregistrement sur détection économise-t-il beaucoup d'espace ?
Oui, surtout sur les scènes calmes. En n'enregistrant qu'en cas de mouvement ou d'événement détecté par l'IA, on évite de stocker des heures d'image sans intérêt. Le gain atteint souvent 50 à 80 % sur un couloir, un entrepôt de nuit ou un parking peu fréquenté. Sur une scène en activité permanente, l'économie est plus faible. Couplé au H.265, c'est le meilleur moyen d'allonger la rétention.
Pourquoi mon débit annoncé est-il en Mbit/s et le disque en To ?
Le débit vidéo se mesure en mégabits par seconde (Mbit/s) et le stockage en octets (Go, To). Comme 1 octet vaut 8 bits, il faut diviser le débit par 8 pour passer aux octets avant tout calcul de volume. C'est l'erreur la plus fréquente : oublier ce facteur 8 conduit à surestimer le besoin d'un facteur huit. Divisez toujours le débit en Mbit/s par 8 pour obtenir des Mo/s.
Quel type de disque dur pour un NVR ?
Utilisez des disques durs conçus pour la vidéosurveillance, optimisés pour l'écriture continue 24/7 et la gestion de plusieurs flux simultanés, plus endurants que des disques bureautiques classiques. Prévoyez une marge de capacité de 10 à 20 % au-dessus du calcul, choisissez un NVR avec des emplacements libres pour évoluer, et envisagez le RAID pour la tolérance de panne sur les sites critiques.

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